

Le septentrion n'est nullement une région gâtée en spectacles culturels. Outre ses manifestations traditionnelles ou à caractère politique, rares sont les artistes modernes de réputation internationale qui s'y produisent. À cela, il y a deux raisons à savoir : le manque criard d'infrastructures adéquates et le coût relativement élevé d’organisation des spectacles à l'intérieur du pays. Dans un pays où la culture n'est pas une priorité, où il n'y presque pas de sponsors ni de mécènes, mais où les gouvernants sont prompts à faire avec orgueil de la récupération d’un produit culturel d'un self made man, il est un risque de vouloir offrir des shows de qualité au public de l'hinterland. Ce risque n'est pas différent à celui que prend Togo Culture Plus en organisant le FESTÉKPÉ. Sans grand sponsor ! Plus sérieusement, avec un seul Sponsor, TOGOCEL. C'est donc le risque d'amener les mélomanes de l'intérieur à voir leurs idoles en chair et en os, à les écouter qui a amené les initiateurs du Festival à produire sur le podium des Affaires sociales de Sokodé certaines grandes pointures de la musique togolaise. Cette année, Ami Coco, une vedette de la chanson confirmée, une silhouette que bon nombre de fans ne connaissent qu'à travers les écrans de télévision, car vivant depuis des années à Londres en Angleterre, Patrick Toto, le nouveau Roi du Zouk langoureux aux textes pénétrants et Bibi Reine, une nouvelle voix venue des hauteurs de Kpéwa, dans l'Assoli, derrière les monts Alédjo, une voix avec laquelle le showbiz togolais et africain devrait compter dans un avenir proche, et le duo 7ème Rue, des jeunes rappeurs de la localité, des artistes en devenir, aux voix suaves et aux textes bien pensés.
En organisant le FESTÉKPÉ et surtout en faisant du rythme Kétékpé le socle de cette manifestation, l'objectif avoué de Togo Culture Plus est d'entraîner le rythme Kétékpé devant les projecteurs du monde de la musique et du spectacle. C’est de sortir cette musique des célébrations de baptême, de mariage, des réjouissances lors des promotions de politiciens ou de militaires natifs de la région. C’est de sortir ce rythme qui a les mêmes arômes, la même magie que le Zouglou (côte d'Ivoire), le Makossa, le Bikoussi (Cameroun)... le Soukous (Congolais), le Zouk (Antilles), la musique Sénégalaise, la malienne et tout près de chez nous, la musique Béninoise, des cours poussiéreuses pour se faire danser et écouter sur des podiums, dans des salles de spectacles modernes. A cet effet, au plateau des artistes modernes, les organisateurs de cette soirée du samedi 11 décembre ont programmé un groupe de Kétékpé, BONA N’GANA, champion de la seconde édition du Festival et qui participait à la troisième édition en « guest star ». Il ne prenait pas part à la compétition mais se produisait afin de se faire mieux connaître, d'égayer le public. Et ce cocktail de musique moderne et de musique traditionnelle a été explosif au bon sens du terme. Le public s'en est régalé, en a redemandé et a surtout dansé.
Tous les artistes ont assuré et émerveillé un public entièrement conquis et ce dès le coup d'envoi de ce concert peu après 21 heures. Le groupe BONA N'GANA a donné le ton et entretenu l'ambiance. Le duo 7ème Rue suivit avec quatre morceaux de rap. Surmontant le trac, ils ont affiché leur talent naissant et démontré leur volonté de faire carrière dans le monde complexe de la musique. Puis est montée sur scène Bibi Reine. Quasiment inconnue des mélomanes, celle qui, depuis quelques temps tente de se frayer un chemin et un nom sur le panorama musical togolais, a convaincu par la singularité et la profondeur de sa voix. Que dire de Patrick Toto, le second à se produire? À la Mario Chico, il a vu le public reprendre ses compositions. Tout le monde connaissait ses chansons d'amour, et son jeu de hanche a fait le reste, c'est à-dire enflammé une salle chauffée à blanc.
La température était déjà assez élevée lorsque la star de la soirée se saisit du micro. Très attendue et accueillie à la hauteur de son talent ainsi que de sa réputation, la radieuse Ami Coco, puisque c'est d'elle qu'il s'agit, n'a pas déçu. Voix mélodieuse, pas cadencés et coups de hanches enrageants mais bien maîtrisés et contagieux. Au bout de six tours de chansons, Ami Coco a fini de démontrer, s'il en était besoin, qu'elle était une grande artiste à la carte de visite très pleine. À sa belle et ondoyante voix qui donnait la chair de poule par moment, elle a su infuser un zeste d'animation, d'intercommunion entre elle et son public, invitant celui qui avait la chance à esquisser avec elle des pas de danses. Et comme toute chose a une fin, elle dû laisser le podium au groupe de Kétékpé dont la magie de la percussion endiabla le public. Cette flamme a continué de brûler jusqu'à ce que les organisateurs se décident à conclure ce concert. Au grand regret du public qui n'en avait pas assez mais était tout de même reparti satisfait..
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