Togoforum: Ainsi la première édition de ce festival de musique traditionnelle Kétépké ou FESTÉKPÉ aura lieu comme vous l’annoncez depuis quelques temps les 19, 20 et 21. Qu’est-ce que c’est que le rythme kétékpé et comment avez - vous mené les préparatifs ?

B. AYEVA: Je vous prie de lire l’encadré intitulé “ Origine et caractéristique de kétékpé “ pour en savoir plus sur ce rythme. En ce qui concerne le volet pratique des préparatifs du festival, il remonte à plusieurs mois. Mais l’idée de création d’un tel projet, elle, date de plus longtemps. Un tel projet venant de l’extérieur exigeait dans un premier temps, un travail de terrain tant au niveau de la diaspora qu’au Togo. Nous avions mesuré les méfiances, voire les résistances à l’annonce brute du projet. Pour ce faire, il fallait permettre l’établissement de la confiance entre les potentiels acteurs de cette initiative. Ainsi avons-nous œuvré à convaincre les uns et les autres de la nécessité que ce premier projet devrait rassembler tous les Tem, tous les Togolais qui voudraient participer à cette aventure de développement de notre patrimoine culturel. Cette phase de travail a été très encourageante dans la mesure ou ce projet, ce souci de conservation, de promotion et de diffusion de nos richesses culturelles, était en latence chez les uns et les autres. Tous ceux que nous avons approchés avaient le même désir. Tout le monde y pensait. Nous n'avons donc eu à prêcher à des convertis.
Vous savez, il y a une vraie déperdition de notre héritage culturel. Nous avons des rythmes qui disparaissent parce que nul ne les inventorie, ne cherche à les conserver ou à les exploiter au profit de tous. Comme je le disais donc, nous n’avons eu aucune peine à rassembler des femmes et des hommes, sans couleurs politique ni religieuse, de tous les coins du pays ou non. Nous avons, pour une fois, fait le pari de nous réunir pour mener un projet commun sans brandir nos cartes de partis ou nos convictions politiques ou religieuses. Nous avons donc pu rassembler une ressource humaine pluridisciplinaire très compétente autour du projet. Au pays, il y a une équipe à la fois dévouée et compétente qui fait un énorme travail de terrain. À l’extérieur, nous avons des amis en Espagne, France, en Suède, aux États-Unis d’Amérique et bien sûr en Allemagne, qui soutiennent le projet et qui sont déterminés à faire de ce festival, une date incontournable, une institution.

Togoforum: Pourquoi avez- vous choisi ce rythme ?
B. AYEVA: Il y a en pays Tem des variétés musicales les unes plus excitantes que les autres. Cependant, le Kétékpé peut être comparé au Makossa ou au Bikoussi du Cameroun, ou aux rythmes traditionnels ivoiriens: Kpakolo, Abouraba... qui tous ont été travaillés, modernisés et exploités et qui aujourd’hui donnent aux musiciens de ces pays les moyens d’une vie décente et de la reconnaissance. Sokodé est une ville cosmopolite, vous le savez. C’est un carrefour où depuis des lustres, des Togolais d’autres régions ou des Africains séjournent pour étudier ou pour y travailler. Ils ont sûrement déjà esquissé des pas de danse au rythme de Kétékpé. C’est un rythme populaire très entraînant basé à la fois sur la percussion et le vocal, des chansons aux thèmes tirés du quotidien. À une variante près, je comparerai le mouvement Kétékpé à l’Akpessè chez les Éwé et au Kamou chez les Kabyès. Ces rythmes font également bouger. Ils sont adoptés par tous les Togolais.

Togoforum: Comment pensez- vous parvenir à en faire une date culturelle établie, reconnue ?

B. AYEVA: J’ai personnellement vu les débuts du Fespaco, le Festival du cinéma africain au Burkina Faso. Aujourd’hui ce rendez- vous est une date de référence sur le calendrier culturel du monde. Je n’ai pas la prétention que nous allons tout de suite être de la taille de cette rencontre. Surtout que là, il y a l’engagement de l’État burkinabé, des mécènes, des sponsors et l’adhésion de la population. Dans notre cas d’espèce nous comptons sur notre volonté obsessionnelle de faire de ce premier rendez-vous, un exemple de ce que seront les prochains. Nous voulons en faire une rencontre de rigueur et de professionnalisme. Nous avons pris contact avec différents partenaires. D’abord le ministère de la Communication et de la Culture, ensuite celui du Tourisme et de l’Enseignement pour que leurs techniciens nous accompagnent. Enfin avec les populations Tem, les premières concernées par ce festival qui, déjà, sont informées et mobilisées. Et il y a une véritable attente, un engouement. Suite...